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PRÉSENTATION DE LA PIÈCE

RETROUVER TARTUFFE
Tartuffe est sans aucun doute la pièce de Molière la plus engagée politiquement. L’œuvre que nous connaissons n’est pourtant pas celle qu’il écrivit à l’origine, celle de la première nécessité de l’écriture.
Cette œuvre, la première version de Tartuffe intitulée Tartuffe ou l’Hypocrite fut interdite après quelques représentations seulement sous la pression de l’Église, malgré la protection du Roi dont bénéficiait à l’époque son auteur et qui avait apparemment apprécié la pièce. L’emprise ecclésiastique était d’une telle puissance que même la royauté n’osait trop s’y confronter. La paix sociale avait un prix, celle de l’œuvre de Molière.
En effet, cette institution ne souffrait alors d’aucune critique, aucune remise en question. Pire encore, alors que la pièce fut lue à plusieurs reprises dans des différents salons, cette première version du Tartuffe a disparu. Il est incroyable de penser ceci, mais il faut pourtant se rendre à l’évidence : une pièce de Molière, alors comédien du roi, a été perdue.
Effet d’un simple hasard, d’une méconnaissance du travail d’archivage au moment de sa mort, où est-ce une toute autre volonté qui était à l’œuvre ? Cette pièce avait été interdite par l’Église autant qu’elle disparaisse pour de bon et que ne passe à la postérité uniquement la version policée en 5 actes qui fut le plus grand succès de Molière.

Mais alors qu’est-ce qui dans cette comédie dérangea autant ?

Molière dépeint une famille bourgeoise catholique dont le chef de famille, Orgon, décide de recueillir dans son foyer un dévot, Tartuffe. Les dévots – qui n’étaient pas des prêtres mais des saints hommes - avaient pour mission de conduire l’âme de leur «dirigé» au salut. La présence de Tartuffe au sein du foyer et son influence sur le maître de maison va bouleverser l’équilibre familiale. Malgré sa dévotion, cet homme soupire pour Elmire, la seconde femme d’Orgon. Cet homme pris en étau entre sa position et sa tentation va sombrer avec un cynisme certain dans l’hypocrisie.
La femme, le fils, le frère et la suivante vont tous tenter de faire entendre raison au «dirigé» Orgon, que son directeur de conscience est un hypocrite qui se joue de lui.
Or, ressort comique et tragique à la fois, chaque scène qui tend à confondre Tartuffe se retourne contre son investigateur. Ainsi Damis, le fils d’Orgon, témoin des aveux coupables de Tartuffe pour sa belle-mère, tente de révéler la duperie de cet hypocrite à son père. Mais, cette tentative mène aux prémisses de la catastrophe : Orgon n’hésite pas à déshériter son propre fils léguant à Tartuffe l’ensemble de ses biens. Tartuffe sort dans un premier temps vainqueur de son entreprise de sape familiale en prenant possession de la «Maison» au sens propre du terme.
Cependant dans la version en 5 actes, Tartuffe finira perdant grâce à l’intervention du roi, la fameuse arrivée de «l’Exempt». La fille, personnage ajoutée dans la version longue, épouse alors son amant et la famille retrouve sa maison. Tout est bien qui finit bien.

Pourtant, nous sommes nombreux à trouver insupportable ce dernier acte de Tartuffe, dont le niveau d’écriture et de dramaturgie est bien en deçà du reste de cette pièce qui est sans conteste un des plus grands chefs-d’œuvre de la littérature française. L’arrivée de l’Exempt a causé des nuits blanches à bien des metteurs en scène…

Une curiosité terrible nous étreint alors autour de cette version en 3 actes - tel le texte d’Aristote perdu sur la Comédie : Comment était-elle construite ? Comment s’achevait-elle ? Quel parcours était emprunté par les différents protagonistes ? Avec quoi Molière laissait son spectateur ?
Georges Forestier, grand spécialiste de Molière, s’est attelé à cette tache de retrouver sous la pièce en 5 actes les traces de l’œuvre originelle. De définir les différents remaniements effectués par l’auteur, de les déconstruire pour retrouver la fulgurance de la fable et la figure première de ce dévot. Accompagner d’un scrupuleux travail scientifique qui recoupe les nombreux articles de presse et billets autour de cette première version ainsi que ces connaissances des différentes étapes de l’œuvre de Molière liées à la royauté et la société dans laquelle il évolue, Georges Forestier propose une reconstitution de cette pièce.

Quelle œuvre émerge alors de ce travail ?
De cette approche quasi-archéologique (trouver la toile originelle sur un repeint), il en ressort une pièce plus courte et plus intense débarrassée de nombreux de ces canevas de Commedia dell arte (notamment avec la disparition du motif du mariage forcée avec Marianne et Valère).
Tartuffe passe de l’imposteur à l’hypocrite : l’hypocrisie de ce véritable dévot qui succombe aux tentations de la chair face à la belle femme de son hôte.
Et le dénouement ? Il en demeure incertain… Tartuffe est chassé mais la donation a eu lieu. Qui donc hérite de la maison ? Bien que Georges Forestier propose un dénouement autour du mariage de Damis (réconciliation entre le père et le fils), cette question reste entière.
Il avance la théorie que l’acte de donation, resté dans les mains d’Orgon, était simplement déchiré à l’issue de la pièce. Mais était-ce si simple puisque dans la réécriture, Molière fait intervenir le roi pour régler la situation ? Cette fin incertaine nous en proposerons notre propre interprétation.

La saveur de cette comédie en trois actes se révèle alors tout autre et cette satire du directeur de conscience tombé dans le péché de la chair déplut fortement aux représentants de l’ordre séculaire. Son auteur dut inventer une autre fin à son histoire plus raisonnable, sans ambiguïté et qui fait triompher somme toute l’ordre moral. Dans l’acte V, l’organisation familiale bouleversée par Tartuffe se rétablit et cette «bouffonnerie» s’achève par un mariage heureux comme il est de coutume à cette époque, réduisant au second plan la critique d’un ordre religieux dont il peut être de bon ton de rire mais de ne surtout pas condamner.

NOTE D'INTENTION

Si aujourd’hui je souhaite mettre en scène cette pièce, c’est pour faire entendre cette satire d’une organisation religieuse qui tente de prendre possession des âmes et des êtres en les privant de tout sens critique.
Mais, Molière, en créant ce personnage de Tartuffe, véritable dévot débordé par le désir, semble entrainer la critique et la réflexion encore plus loin. Ce choix de l’ordre religieux de bannir toute sexualité est-il compatible avec l’humanité ? Cette sexualité contrainte explose dans le personnage de Tartuffe.
«Mon sein n’enferme par un cœur qui soit de pierre.» dit Tartuffe à Elmire
Aujourd’hui encore près de 400 ans après l’écriture de la pièce, l’Eglise est toujours aux prises avec les mêmes contradictions : les révélations récentes des abus sexuels des prêtres en sont encore de si lamentables preuves. La contrainte de ce désir au fondement même de l’humanité engendre de catastrophiques comportements.

Cette première version en 3 actes du Tartuffe était sans aucun doute beaucoup plus critique que celle remaniée en 5 actes que nous connaissons aujourd’hui. Ne serait-ce que par cette chute du dévot dans le «péché» de chair. Georges Forestier a entrepris un travail remarquable de «reconstruction de la version de 1664» - la pièce originelle - dont il propose aujourd’hui une reconstitution : c’est cette version que nous allons créer au 6ème Festival d’Été de La Maison Maria Casarès.

Un spectacle populaire en plein air

Le décor naturel, le vent, les nuages ou les étoiles donnent au drame une sorte de corps astral, et le contre-chant incessant de ces mouvements du ciel fournit à l’action une étrange et insaisissable unité qui n’est le fait ni du créateur ni de ses serviteurs. Une parole humaine, sous le ciel de nuit et, soudain familière, la grandeur s’installe sans bruit autour de nous.
Albert Camus
Angers, Festival Marcel Herrand in Théâtre de France 1953

Tartuffe reste une pièce sublime du point de vue de la langue et dont une géniale rhétorique démontre combien ceux qui en ont la maîtrise peuvent user et abuser de la faiblesse d’âme des plus fragiles. Nous aborderons l’écriture de Molière en travaillant sur cet art sans pareil, de l’éloquence et du maniement des idées qu’il déploie dans son texte.

Nous proposerons aux spectateurs de voyager dans le temps en plaçant l’action de la pièce et ses personnages dans les années 1920, autrement appelées les Années folles.
Il y a un siècle désormais, entre deux guerres mondiales, nous sommes entrés dans l’ère de la modernité qui a vu l’avènement de la voiture, de l’électricité ou des télécommunications. Ces évolutions techniques majeures ont bouleversé la nature des relations entre les êtres humains que ce soit au travail ou dans leur vie personnelle. À cette époque, le poids de l’Église était encore très prégnant dans les différentes couches de la société et influençait fortement les relations entre hommes et femmes.

Nous jouerons en extérieur devant la façade d’une maison bourgeoise pour donner à voir les éléments extérieurs de la richesse d’Orgon : le faste d’un perron, d’un escalier desservant des étages et cette allée somptueuse empruntée jadis par un carrosse, et bientôt par une voiture à piston. Les spectateurs seront installé sur un gradin face à la demeure d’Orgon pour suivre au plus près ce ballet des allées et venues des différents personnages.

Tartuffe sera un prêtre de ce début du XXème siècle qui officie en latin : un très bel homme qui ne craint rien pour parvenir à ses fins et jouir de ses désirs les plus sordides : séduire la femme d’Orgon et priver le fils des biens de sa succession, en «possédant» l’âme du maître de maison. Si les situations sont cocasses et empruntent à la comédie tous ses ressorts (les canevas de Commedia dell’arte ne sont jamais loin), le fond de la pièce est assez cruel. Le destin de ces personnages se révèle tragique à mesure que l’intrigue avance et que l’hypocrite s’immisce dans les relations du foyer jusqu’à prendre possession des biens du Maître.

In fine, la victoire de Tartuffe doit nous rappeler combien il est aisé d’imposer son point de vue, sa manière de vivre ou de voir le monde lorsqu’une puissance « divine » nous y autorise et nous fournit tous les arguments nécessaires pour assoir un pouvoir sur les âmes en contraignant les corps à nier les pulsions animales qui nous constituent mais qui fondent tout autant - et quoi que l’Église en pense - notre humanité.


RÉSIDENCE

13 juin au 1er juillet La MÉCA, BORDEAUX
18 au 22 juillet La Maison Maria Casarès, ALLOUE

CRÉATION 22-23

25 juillet au 19 août (20 représentations) Création extérieure
6ème Festival d'Été de La Maison Maria Casarès

DATES SAISON 22-23

18 septembre 2022 Théâtre Jean Lurçat, Scène national d'AUBUSSON
Lieu Les jardins du Château Sallandrouze
15h30 Tout public

27 avril 2023 AGORA, BOULAZAC
2 mai 2023 Théâtre des Quatres Saisons - Scène conventionnée, GRADIGNAN
9 au 10 mai 2023 L'Avant-Scène - Scène conventionnée, COGNAC
13 mai 2023 Théâtre Chevilly-Larue André Malraux, CHEVILLY-LARUE
14 mai 2023 Théâtre des Sources, FONTENAY-AUX-ROSES
16 au 17 mai 2023 Le Gallia - Théâtre cinéma, SAINTES
30 mai 2023 Théâtre de Thouars - Scène conventionnée, THOUARS
31 mai au 2 juin 2023 Théâtre de la Coupe d'Or - Scène conventionnée, ROCHEFORT

Ce spectacle est disponible en tournée pour les saisons à venir

ÉQUIPE ARTISTIQUE

Mise en scène et dispositif scénique Matthieu Roy
Collaboration artistique Johanna Silberstein
Costumes Alex Costantino avec Nathalie Matriciani
Espaces sonores Grégoire Leymarie
Régie générale Thomas Elsendoorn
Distribution (7 comédien.ne.s)
Nadine Béchade, Madame Pernelle
Aurore Déon, Dorine
Yannick Jaulin, Tartuffe
Anthony Jeanne, Damis
Sylvain Levey, Cléante
François Marthouret, Orgon
Johanna Silberstein, Elmire

PRODUCTION

Production Veilleur®
Coproduction Théâtre Jean Lurçat - Scène nationale d'Aubusson, Théâtre de Chevilly-Larue André Malraux, AGORA à Boulazac, Théâtre de Thouars - Scène conventionnée, Les Scènes du Jura - Scène nationale.
Avec le soutien de La Maison Maria Casarès et du CNDC - Théâtre Ouvert
Le spectacle a été accueilli en résidence à la MECA avec le soutien de l'OARA

Veilleur® est conventionné par le Ministère de la Culture (DRAC Nouvelle-Aquitaine) et subventionné par la Région Nouvelle-Aquitaine et la ville de Poitiers.

Crédit photo

©Joseph Banderet